Dimanche 13 avril 1980: sixième jour de l’occupation

Finalement ce sont neuf (au lieu de dix, l’un étant malade) enseignants qui quittent Tizi à 6 heures du matin dans deux voitures de la wilaya. Ils seront reçus en présence de Djamel Labidi et deux syndicalistes de la FTEC. D s’agit en fait d’une simple prise de contact pour Bererhi qui prend « la température ». Bererhi annonce en fait la couleur en déclarant : « II n’existe pas en Algérie de franchises universitaires ». Sur place, à Tizi-Ouzou, on assiste à une véritable invasion du centre universitaire par des centaines de jeunes (et même très jeunes), lycéens, collégiens et stagiaires de FPA.

C’est un peu l’anarchie et l’ordre est très difficile à maintenir.

On arrive à une entente avec le wali pour laisser sortir par petits groupes les jeunes lycéens (qui risquaient de se faire matraquer…) ces jeunes sont en fait souvent désemparés, ils veulent lutter mais ne savent quoi faire et sont inorganisés, il viennent même à la Fac. pour qu’on les « organise » et qu’on leur dise quoi faire. Il faut dire que souvent ils ne peuvent se réunir dans leurs établissements qui ont été fermés. Une bonne discussion peut finalement se tenir avec une quarantaine de délégués de ces jeunes. Quelques lycéens de terminale posent le problème de leur baccalauréat.

A midi, l’hôpital tient une nouvelle et massive AG, confirme et étend son soutient à l’Université par une occupation symbolique de l’hôpital où flottent diverses banderoles (Tamazight di lakul). En fait il n’y a pas véritablement grève ; les médecins algériens continuent de soigner.

Vers 17 heures, une nouvelle conférence de presse est donnée par le comité anti-répression devant le représentant du Monde et celui de l’Associated Press. Ils s’inquiètent de la situation et constatent que le dispositif policier a été quelque peu allégé à la veille de la venue du ministre à Tizi-Ouzou. Le soir apparaît un tract mystérieusement signé « Comité de soutien aux travailleurs et étudiants en lutte », et appelant la population à la grève générale pour le mercredi 16 avril. Le texte du tract est assez composite. En tout cas, son apparition est aussitôt interprétée par certains provocateurs qui accusent certains enseignants (à tort) d’en être les auteurs. En fait, il est prouvé que le tract a été tiré en dehors de l’Université. Les journalistes se rendent par la suite à l’hôpital où ils constatent le soutient effectif des travailleurs.

Le soir, vers 20 heures, deux enseignants d’Alger, délégués par leurs collègues viennent prendre des nouvelles de la situation à Tizi-Ouzou. En fait, à Alger, la mobilisation, surtout parmi les enseignants, est beaucoup plus faible qu’à Tizi-Ouzou.

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