Mercredi 16 avril 1980: neuvième jour d’occupation

France-Inter fait état de l’incident survenu à son reporter et annonce qu’il a pu sauver ses bandes et que celles-ci passeront dans la journée. A Alger, les correspondants de presse étrangers accrédités protestent collectivement auprès du ministre de l’Information qui leur assure qu’il ne s’agit que d’une bavure locale. La bande passera en fait, dans un montage assez « odieux » avec à sa suite une intervention de Rachid Ali Yahia. Du côté de Boudouaou d’importants barrages de gendarmerie contrôlent les véhicules en provenance de Kabylie, de même que la zone industrielle de Rouiba Reghaïa est entièrement « bouclée » par plusieurs barrages de gendarmes. On a parlé en effet d’une grève de la Sonacome Rouiba (six mille travailleurs).
En Kabylie, au-delà de Bordj Menaïel, en direction de Tizi-Ouzou et de la Haute Kabylie, la grève générale a été unanimement suivie.

Toutes les usines, les commerces, bureaux, écoles, etc. sont fermés ; beaucoup d’usines occupées par leurs travailleurs. Même la Wilaya en grève a été fermée par le wali. Le matin, les enseignants prennent l’initiative d’un texte distribué à la population intitulé : « appel au calme » et démentant les rumeurs selon lesquelles l’université de Tizi aurait appelé la population à venir manifester massivement dans Tizi, alors que les forces de l’ordre, considérablement renforcées, pendaient un traquenard. Le wali, le soir, félicita les enseignants de cette initiative qui a permis de sauvegarder la ville.

Le soir, on assiste à la naissance d’un comité populaire de coordination regroupant des délégués d’une dizaine d’établissements en grève : « Sonelec, Sonitex, SNLB, Onalait, Hôpital, lycées de Tizi-Ouzou, lycée de Larbaa Naït Irathen, deux centres de FPA, ainsi que l’Ecotec, semble-t-il. ». Le comité publie un texte dans lequel il réitère les revendications et salue la journée historique du 16 avril.

A l’Université, commence à se poser le problème de la trésorerie et certains étudiants commencent à effectuer une quête pour subvenir notamment aux frais de déplacements.
En fin d’après-midi, une conférence de presse-bilan est faite face au correspondant du Monde qui visite la région et rend compte de la grève générale dans un article daté du 18 avril annonçant par ailleurs l’existence à Paris d’un Comité de défense des libertés culturelles.

Le soir, vers 18 heures, on reçoit, transmis par la Wilaya, un télex-ultimatum du ministère déclarant que si les cours ne reprenaient pas le samedi 19 avril, les enseignants perdraient leur carrière et les étudiants seraient exclus. La réponse sera discutée en AG le lendemain. Une tentative de rédaction d’un bilan de la venue du ministre est par ailleurs « stockée » par des étudiants désireux de ne pas la voir paraître.

Vers 20h30, Yahiaoui fait un discours retransmis en partie à la TV où il parle de l’existence « d’une seule langue, et d’une seule religion ! ». Ce sera son dernier discours public.

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