Dimanche 20 avril 1980: Prise d’assaut de l’université

A 4hl5 du matin, alors que tout le monde s’était endormi à l’issue d’une longue réunion jusqu’à 3 heures du matin, plusieurs compagnies d’agents de forces de l’ordre (gendarmes mobiles, CRS), donnent l’assaut. Ils sont casqués et armés de fusils avec la baïonnette au canon, avec des matraques, grenades lacrymogènes, etc. Ils ne tirent pas de balles mais en revanche ils pénètrent violemment dans les chambres de la cité universitaire et matraquent tout le monde. Coups de crosse et de baïonnette pleuvent sur les étudiants (ainsi que quelques travailleurs et enseignants restés sur place…).

A la Cité universitaire de jeunes filles de Medouha on arrête tous les enseignants que l’on peut ramasser, particulièrement ceux « qui sont passés par la France ».

Semaine du 21 au 28 avril 1980 (du lundi 21 au lundi 28)
– Alger.

La riposte tarde quelque peu à démarrer au niveau des étudiants et des enseignants d’Alger, en raison d’une part du manque d’informations précises et d’autres part du travail de sape de certains courants (essentiellement des « pagsistes »).
Meetings quotidiens se tiennent.

La grève générale est difficile à décréter et à maintenir, mais de fait ce sont tous les instituts qui sont peu à peu perturbés.

Dès le mardi 22 avril, on apprend la condamnation à de lourdes peines de gens d’Oued Amizour (W. de Béjaïa) qui auraient fait brûler un drapeau. El Moudjahid fait aussi état de deux blessés graves parmi les officiers de sécurité.
Le jeudi 24 avril, l’AG des enseignants-étudiants et travailleurs tenue à Alger centre, contre l’avis du syndicat officiel, crée une commission mixte d’enquête qui dirigera un « appel aux autorités » (le syndicat de sciences économiques tirera un texte concurrent de mise en garde, au contenu stupide…).

Ce même jeudi à midi, la télévision a montré About Arezki « répondant aux questions des journalistes » en donnant une version très bizarre de son recrutement par Rachid Ali-Yahia. Le jeudi soir, la télévision passe au discours de Bererhi, très démagogue, qui fournit lui aussi une version très partiale des événements de Tizi-Ouzou, évoquant seulement les violences d’un étudiant étranger à l’égard des forces de l’ordre.

Le vendredi 25, on apprend qu’un étudiant d’Alger en sciences économiques a été arrêté le jeudi précédent, en plein amphithéâtre d’où des inspecteurs en civil sont venus lui demander de sortir.

Le samedi 26, le syndicat (SNESUP) de l’université d’Alger-centre sort un texte (flash d’information) tout à fait contestable dans lequel il tente de se donner le beau rôle et où il essaie d’introduire la distinction « liés à l’impérialisme » ou « non liés » parmi les détenus.

Par ailleurs, on apprend qu’une assemblée générale des médecins de l’Algérois s’est tenue sous l’égide de l’UMA, en présence de plus de cinq cents d’entre eux avec notamment un discours très apprécié de l’un d’entre eux, et la constitution d’une commission d’enquête, notamment au sujet de quatre ou cinq médecins de Tixéraïne arrêtés. On apprend également la constitution d’un collectif d’une dizaine d’avocats dont des noms connus, (Bouzida, Bentoumi, Issad, Abdennour Ali Yahia, etc.).

Au total, dans l’Algérois, il y aurait entre huit cents et mille interpellations dont seulement quelques-unes seront maintenues. La plupart étaient originaires de Kabylie.

En Kabylie, le samedi 26 avril, on apprend qu’il y a eu une réunion avec le wali, le CNP et le chef de secteur militaire, en présence de Ahmed Ali Ghezali qui va devenir rapidement un super-préfet en mission spéciale.
Le commandant de l’ANP a été très dur vis-à-vis des responsables qui ont fui leur poste ! On parle aussi d’assemblées des anciens Moudjahidines. A Paris, une manifestation de protestation prévue pour le vendredi 25 avril, et qui était prête à regrouper dix mille personnes a été interdite – après avoir été autorisée – en dernière minute.

Néanmoins, plus de six cents personnes étaient présentes sur les lieux (devant l’ambassade) et ont été provoquées par une centaine d’agents de l’amicale. Tout le monde a été ramassé par la police fortement présente ; les porteurs de cartes de l’amicale ont été aussitôt relâchées, en revanche les autres ont été immédiatement conduits au centre de tri de Vincennes où ils ont tous été fichés. Une autre manifestation prévoyant un défilé à l’intérieur de la manifestation du 1er mai à Paris (comme les défilés de bretons, corses, etc.) a également été interdite par la préfecture de police de Paris.

Rapidement des comités de soutien aux victimes de la répression en Algérie et des comités de défense des droits culturels ont été organisés, intervenant auprès d’Amnesty internationale, de la Ligue internationale des Droits de l’Homme, de l’Association des Juristes démocrates, de l’OMS, de l’Unesco, etc. Des pétitions circulaient en faveur des détenus, dans les milieux intellectuels et universitaires français et des milliers de signatures ont été recueillies. Outre les premiers télégrammes de protestations signés : Vincent Monteil, Germaine Tillion, Haroun Tazieff, etc., un premier groupe d’avocats de l’AJD se verra, paraît-il, renvoyé d’Alger, sous prétexte que le procès n’était pas encore prévu.

Amnesty n’avait encore réussi à obtenir qu’un seul témoignage précis de torture ; ils seraient prêts à publier un livre blanc sur la question…
A propos de pétitions, les enseignants d’Alger se regroupent sur la base de textes différents : l’un émanant des « professeurs et maîtres de conférences », très modéré, signé par Benissad, Benachenou, Illoul, etc., l’autre signé plus massivement par les assistants et maîtres assistants, dans le cadre de la commission d’enquête (il s’agit de l’appel aux autorités

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